« Tarbes La Nuit »
Ce n’est pas parce que la lumière fait parfois défaut que l’envie de photographier s’arrête. Bien au contraire, le soleil disparu fait place à un autre spectacle, celui de la nuit, celui de l’ombre et du mystère, des questionnements et de l’étrange. Vissons un objectif lumineux et allons y voir…
La ville, qui ne se laisse plus que partiellement deviner à la faveur de l’éclairage urbain, s’est comme liquéfiée. A la faveur de la nuit qui avance, les volumes se redessinent, des ombres dansent. Les lumières artificielles deviennent projecteurs de théâtre sous lesquels, grâce à la magie et à l’atmosphère étrange de la ville sans soleil, le plus banal sujet peut donner naissance à « l’extra-ordinaire. »
La ville devient une pellicule en noir et blanc. A la manière du négatif sortant de son bain de révélateur, les valeurs de lumière, de couleurs, les attitudes de vie, s’inversent. Le ciel lumineux se fait noir d’encre; les noctambules sortent de chez eux et partent à l’aventure, tandis que nous allons dormir d’un sommeil profond dans l’attente du lendemain ; les bruits du quotidien s’estompent quand d’autres, amplifiés par le silence épais, surprennent.
La ville se fait mystères. Ceux qui se méfient du noir et de ce qu’il peut s’y cacher restent au chaud devant la rassurante lueur bleutée du téléviseur tandis que d’autres prennent plaisir à se perdre dans de louches endroits prenant vie lorsque le soleil est couché. Dans ce clair-obscur où peuvent être tapi les monstres ou s’offrir des plaisir fugaces, on s’interroge. On se questionne sur ce qu’il se trame derrière le décor étrange aux fenêtres ouvertes et éclairées, qui est cette silhouette furtivement aperçue.
Parfois, un brouillard jette son voile et amplifie encore notre perte de repères. Halos suspendus évoquant quelques mystérieuses soucoupes volantes flottant sur la ville, les lampadaires ne peuvent difficilement éclairer la route ou le trottoir que sur quelques mètres, où semblent errer des mystérieuses créatures qui n’existent pas, seulement animées par notre esprit déboussolé. Tout comme sur cette pellicule longuement exposée, notre perception bouleversée fait apparaître un tout nouveau paysage insoupçonné lorsque le soleil brille.
Lorsque le négatif est enfin révélé dans le noir total, les oiseaux de nuit prennent leurs postes et commencent leurs déambulations nocturnes. Les sens sont tous exacerbés. Mais heureusement la nuit n’est pas que mésaventure de fêtards, elle est aussi étoilée, magnifique les soirs d’été, faisant pleuvoir sur nous des nuées de lucioles lointaines et inaccessibles, se révélant alors être autant le refuge des poètes que des astronomes.
Et moi, qu’est-ce que je fiche là à photographier alors qu’on y voit pas à un mètre, et que je pourrais être au chaud chez moi ? Qu’est-ce qu’il trafique ce gars avec son appareil au cou alors qu’il n’y a rien à prendre ici ? Je suis là parce que, vous l’aurez compris en me lisant, de cet environnement insolite, à la poésie envoûtante, surgissent sans cesse des histoires.
Spectateur nocturne au cœur de cet environnement devenu presque méconnaissable, d’une simple ambiance où tout peut arriver jusqu’à une scène peuplée de personnages totalement inconscients du rôle qu’ils vont jouer sur mes images, il y a là toujours des petits tableaux offerts par le hasard. A la faveur de la nuit, me rendant encore plus invisible qu’à l’accoutumée, j’ai pointé mon objectif lorsque la situation m’a inspiré. La nuit, tous les photographes sont gris, c’est bien connu, non ?
Cela fait des années que je capture la nuit, surtout l’hiver, lorsque les journées fortement raccourcies facilitent la déambulation nocturne dès la fin de l’après-midi. L’hiver aussi, qui nous offre parfois en début de nuit des brumes fantasmagoriques emprisonnant la ville et ses habitants, tamisant l’éclairage pour donner lieu à des ambiances fabuleuses. La technologie nous ouvre des portes avec une aisance devenue si banale qu’il serait dommage de ne pas les franchir. Il n’y a plus besoin de fumer une Gauloise pour calculer le temps de pose, tout comme le faisait Brassaï dans les années 30 !
Le plus souvent en noir et blanc, mais aussi un peu en couleurs parce que la nuit apporte également ses propres teintes, voici une sélection de ces clichés nocturnes accumulés au fil du temps.
Cliquez ICI ou sur la photo en début d’article.
Et vous, quelles histoires ces photographies vont-elles vous raconter ?
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