Fév 12

“Je me souviens.”

Bonjour,
Voilà bien longtemps que je n’avais rien publié ici. Voici un petit texte “fictio-photographique” dans l’air du temps…

“Je me souviens.”

Hier après-midi, mon petit-fils m’a demandé lors de son appel hebdomadaire en visio : “papy, toi qui l’a connu, c’était comment le monde avant” ?

J’ai hésité, devait-il savoir ?…. J’avais peur de lui provoquer un choc. Qu’il découvre à quel point étaient différent le monde d’avant et celui dans lequel il vivait aujourd’hui, le seul qu’il ait connu de par son si jeune âge, que cette comparaison le plonge dans la plus profonde sidération. Mais j’ai pensé que oui, il devait savoir. De toutes manières en grandissant il allait bien apprendre des choses.  Et puis sa génération allait à son tour bientôt se battre, il fallait créer l’émulation. Alors je lui ai raconté.  Pour lui montrer, qu’il ait une vague idée de ce que c’était, je suis allé fouiller dans ma mémoire et mes archives photographiques. J’ai dû lui expliquer ce que c’était un appareil photo, cela fait bien longtemps que ça n’existe plus ces engins-là.  J’ai beaucoup photographié à l’époque, mais c’est fini maintenant, entre les quatre murs de mon appartement-bulle il n’y a rien à prendre.

J’ai lancé d’un trait dans l’air la projection numérique, me suis connecté à l’hébergeur de fichiers centralisé et je lui ai déroulé mes anciens clichés qui me tiennent lieu de boite à nostalgie. Il est vrai que revoir ces photos me trouble énormément. Je suis de cette génération qui a fait le pont entre l’avant et l’après, il n’est jamais facile d’aborder ces choses-là.

En revoyant ces lointaines images, je me souviens…

Je me souviens… La dernière fois que nous avons vécu “comme avant”.
Je me souviens… Un début de printemps lointain.

Oui, c’était le printemps, d’ailleurs les arbres étaient déjà en fleurs.

 

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Il n’y avait pas de masque, pas d’attestations, pas d’enfermement, nous pouvions aller à l’air libre… Juste comme ça. Oui, ça te parait bizarre maintenant, mais le machin n’était encore qu’un vague et lointain “virus chinois”.
On pouvait s’attrouper dans les rues… Discuter avec ses amis, s’embrasser ou se donner l’accolade… Sans “distanciation sociale.”

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On pouvait se promener en dégustant une crème glacée, un truc froid et sucré qu’on mangeait l’été. Quand il y avait encore des étés.

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Y’avait même des gens qui téléphonaient ! Et oui, on ne greffait pas encore de puces intra-auriculaires à l’époque.

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L’été toujours, on pouvait aller à de grands rassemblements musicaux que nous appelions “festival”.
Les gens se rassemblaient pour écouter de la musique ! Il y avait une ambiance extraordinaire que chacun pouvait vivre à sa guise, de l’auditeur sagement assis  à celui qui sautait sur place au rythme des percussions.

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On pouvait aussi être dans sa bulle, mais de cette bulle-là il suffisait d’ouvrir les yeux pour en sortir.

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Et il pouvait y avoir de la musique partout ! Oui, oui, c’était autorisé !

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N’importe qui pouvait se réunir pour en jouer…

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On pouvait en écouter et même manger en même temps dans des restaurants, comble d’un luxe oublié…
Les restaurants ? Ah oui, c’était des endroits où on pouvait manger ensemble.

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Les enfants comme toi pouvaient rêver de monter un jour sur une scène. Oui, on pouvait devenir musicien et jouer devant un vrai public en chair et en os, pas uniquement devant des caméras.

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Mieux encore, on pouvait danser dans la rue.

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Oui on dansait, et personne ne te disait rien, c’était la joie, c’était normal.

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Et si ce n’était pas dans la rue, il y avait des endroits dédiés pour ça.

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On pouvait même y faire de charmantes rencontres.

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Les filles étaient belles en ce temps-là. On pouvait aborder une femme et boire un verre avec elle.
Oui, on les abordait sans masque, sans rien, juste un sourire !

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On s’asseyait à des terrasses, on buvait, on riait. Et il y avait du monde comme tu n’en as jamais vu en un seul endroit !

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Oui on pouvait s’asseoir à une table, sous des parasols et boire ce que l’on voulait.

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Parfois nous allions nous enfermer dans des grandes salles plongées dans le noir et assis sur des fauteuils alignés. On appelait cela des “cinémas”. C’est là qu’on voyait les films avant. Oui, toi, tu n’as connu que la diffusion Internet. Mais c’était chouette tu sais, les écrans étaient immenses ! Non, non, on a plus ça aujourd’hui.

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Et puis un jour…
Et puis un jour, quelqu’un a dit : “nous sommes en guerre”.

 

Je me souviens très bien de ce moment-là. De la pâle lueur du soir qui tombait des fenêtres et de la lumière bleutée du téléviseur. Mais ni ta grand-mère ni moi n’avons un instant pensé que nous verrions là s’éteindre les derniers feux du monde d’avant.

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Ce fameux printemps est alors devenu notre éternel hiver. Nous nous sommes tous retrouvés pris dans la toile d’araignée du machin. ça nous est tombés dessus, comme ça, quasiment du jour au lendemain. Un coup de poing sur la tête . Il a fallu rentrer chez nous.

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Les arbres étaient toujours en fleurs…  mais les rues, veines de la ville, se sont vidées de leurs fluides vitaux, piétons, automobilistes, cyclistes, brefs, humains.

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On nous a imposé des horaires, il fallait rentrer chez soi à la nuit tombée, sans quoi les autorités te tombaient dessus…

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De nuit, On pouvait encore se cacher dans le brouillard…

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Mais de jour, la tristesse qui avait  envahi notre quotidien nous explosait au visage.

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Tu ne pouvais aller dans les petits commerces du centre-ville  – Oui ils n’ont pas tous fermés de suite ! –  qu’en faisant vite car les horaires étaient très restreints.

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Certains ont tenté de résister, de faire comme à l’ancienne…

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Mais de toutes manières les rideaux se sont vites définitivement baissés, au profit de la livraison par Internet, et ces boutiques en ville, commerces que quelqu’un avait jugé « non essentiels »,  sont devenues des musées.

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Tu en as peut-être déjà visité virtuellement à l’école. Le gouvernement a aussitôt  organisé l’envoi de nourriture à domicile afin de nous éviter de sortir.

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Les salles de spectacle aussi ont fermé, les musiciens clandestins ont dû exercer leur activité en cachette, d’abord dans des endroits insolites, des tunnels, puis dans des caves… Puis on ne les as plus vus. Il nous restait les disques…. Tu ne sais pas ce que c’est qu’un disque… C’est de la musique enregistrée. On mettait ça dans un appareil, et on écoutait.

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Les vacances à la plage n’ont plus existé, puisque nous télétravaillons tous, et nous ne pouvions voyager. Les Oracles médicaux n’avaient pas été pris au sérieux, quoique je n’aurais pas voulu me retrouver à la place des décideurs. Bref, les bords de mer se sont ainsi vidés et de toutes manières ils ont vite été submergés par la montée des eaux du réchauffement climatique. Oui je sais mon petit, tu penses que je suis en partie coupable, j’ai utilisé une voiture à essence. Mais à l’époque, tu comprends, c’était comme ça.

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Nous avons subi des confinements successifs, le masque est devenu la norme, partout, tout le temps. Le bizarre est devenu notre quotidien, la normalité a basculé. Les gens devinrent inexpressifs car ils ne souriaient plus, ou du moins nous ne les vîmes plus sourire derrière leur rectangle de tissu et de plastique.

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Il y en a qui ont essayé de résister, avec même de l’humour, mais le machin a été le plus fort.  C’est lui qui nous a mis à l’envers, à chacune de ses mutations qui rendaient inopérant le vaccin précédemment créé…

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… Avant le Grand Enfermement qui suivit une énième mutation.

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Aujourd’hui les années ont longuement passé, mes cheveux sont d’argent et mes yeux n’ont plus l’acuité d’autrefois, mais je n’ai jamais perdu espoir mon petit ; un jour tu retrouveras cette vie  incroyable telle que nous l’avons vécue. Et ces images que je t’ai montrées, tu les vivras. Je t’en fais la promesse. Sans masque, à l’air libre.

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Tarbes, tour d’isolation sanitaire numéro 8, bulle numéro 24, 5 mars 2063.

 

Sep 14

Le Salut du Photographe

Bonjour,

“Le salut du photographe.”

Robert Doisneau disait qu’avec son Rolleiflex, le photographe « s’incline devant son modèle ».

Cette jolie métaphore de déférence devant le sujet photographié afin de l’observer sur le dépoli ne s’applique pas uniquement au plus luxieux des 6X6 bi-objectifs.

Si Doisneau avait la possibilité d’utiliser un Rollei, le plus démocratique Lubitel permet lui aussi ce salut unique en son genre avant de déclencher. Un salut oublié depuis bien longtemps, aujourd’hui on ne s’incline plus, on lève le bras pour photographier au téléphone…

 

Autoportrait au Lubitel – Olympus PEN-F + Leica 25mm f1.4

 

ça change des selfies à l’aillephone, non ?